Et surtout, s'empêcher de s'entendre penser. Plus ne m'est rien/rien ne m'est tout.
Un fond de musique lui évitait de réfléchir, mais la musique l'énervait, mais il ne pouvait pas l'éteindre. Car alors il entendait la pluie dehors, car alors il se
rendait compte que le monde dehors, déchiré par les éclairs avait perdu toutes ses couleurs.
Si il l'avait éteinte, à ce moment, peut-être aurait-il pu se pardonner, peut-être aurait-il pu appeler la petite fille, là dehors, qui l'appelait et qui criait
sous la pluie. Il ne la voyait pas, il l'entendait dehors, et mêlé à cette musique dont il baissait le volume de plus en plus, ce qui était un simple gémissement devenait de plus en plus fort,
l'imprégnait de plus en plus.
Ne pouvait-elle donc pas se taire? Ne pouvait-elle donc pas se taire? Ne pouvait-elle donc pas s'arrêter?
Se taire?
Se taire pour laisser quoi après, la musique minable qu'il écoutait, se taire pour laisser place au son de l'orage qui grondait, laisser place au cri de la pluie,
laisser place peut-être au silence qui viendrait ensuite, à sa solitude, aussi, peut-être.
Il regarda alors par la fenêtre, le monde avait maintenant perdu chacune des couleurs qu'il contenait, et tout se retrouvait dans sa petite chambre éclairée. Sa
petite chambre au foutoir immonde, sa petite chambre d'où il pleurait doucement. Chaque grondement de tonnerre lui fissurait le coeur, chaque éclair le traversait de part en part.
Il déteignait par terre, quand petit à petit la musique s'arrêta. Il regarda sa chaîne. Elle n'était pas arrêtée, il n'entendait simplement plus rien. Il
n'entendait plus que le hurlement de la petite fille, il n'entendait plus que la pluie, il n'entendait plus que le tonnerre. Pourtant, il n'eût même pas à regarder par la fenêtre pour comprendre
qu'il ne pleuvait plus. Qu'il n'y avait pas de petite fille.
Et ses larmes coulaient de tout son corps, ses larmes emplissaient petit à petit la pièce pour former une masse de couleurs mélangées. Une masse grisâtre de
couleurs mortes, et lui qui se fondait de plus en plus dans les couleurs, qui existait de moins en moins.
Que peut-on réellement retrouver dans une petite chambre colorée? Du bordel, c'était son esprit, c'était pas un maniaque. Il n'y avait plus personne dedans, et
pourtant, personne n'osait éponger la petite mare au milieu de la pièce, on savait que quelque part, c'était lui.
Et seule la petite fille eût le cran de ranger les affaires d'un mort.
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